La croisière fluviale en France n’a jamais autant séduit. Les taux de remplissage approchent les 90 % sur les voies navigables de l’Hexagone, et le nombre de passagers transportés en 2025 a bondi de plus de 45 % selon les chiffres officiels de Voies navigables de France. Derrière ce dynamisme, une tendance de fond s’affirme : de plus en plus de voyageurs se tournent vers des formats intimistes, loin des grands paquebots fluviaux.
Un bateau de 40 mètres pour 24 personnes : une autre façon de naviguer
La MS Jeanine, péniche emblématique de la flotte croisieurope, illustre bien ce positionnement. Long de 40 mètres pour 5,70 mètres de large, ce bateau à taille humaine n’embarque que 24 passagers dans ses 11 cabines extérieures. Toutes offrent une grande baie vitrée, la climatisation individuelle, un coffre-fort, la télévision et une salle de bain complète. Sur le pont supérieur, un solarium, un bain à remous et un barbecue complètent l’espace de vie, et des vélos sont mis à disposition lors des escales.
À bord, les repas sont servis avec des vins sélectionnés par Serge Dubs, l’un des sommeliers les plus reconnus au monde. Quand le groupe ne dépasse pas deux douzaines de personnes, l’équipage peut adapter son service à chacun, les échanges se font naturellement, et la table commune favorise une vraie convivialité. C’est une différence concrète avec les unités fluviales standards, qui peuvent transporter jusqu’à 150 à 200 passagers.
CroisiEurope exploite plusieurs péniches de ce type sur les canaux français : MS Jeanine, MS Anne-Marie, MS Madeleine, MS Déborah. Cette dernière, d’une capacité de 22 passagers, navigue sur le canal de la Marne entre Paris et Épernay, au cœur du vignoble champenois, avec des escales à Reims et dans les villages de la route du champagne.
Des itinéraires là où les grands navires ne passent pas
L’un des atouts les plus concrets de la péniche-hôtel, c’est l’accès à des voies inaccessibles aux bateaux plus imposants. Les écluses centenaires de Bourgogne, les canaux d’Alsace, la Garonne et la Dordogne : ces itinéraires restent le domaine réservé des petites unités. La navigation se fait à environ 8 à 10 km/h, ce qui transforme chaque écluse en halte contemplative et offre une lecture lente du paysage, presque impossible à vivre autrement.
Fondée en 1976 à Strasbourg par Gérard Schmitter sous le nom Alsace Croisières, CroisiEurope a progressivement élargi son réseau : Danube, Rhône-Saône, Seine, Douro, puis Guadalquivir. En 2025, année de son 50e anniversaire, la compagnie a transporté plus de 205 000 passagers avec un taux d’occupation de 97 % sur l’ensemble de ses 50 navires. Un bateau à roues à aubes sur la Seine est déjà annoncé, ainsi qu’un nouveau navire pour l’Amazone en 2027.
La croisière en péniche ne remplacera pas tout le monde, mais pour ceux qui cherchent un rythme différent, une cuisine soignée et des escales hors des circuits touristiques classiques, le format 24 passagers répond à une attente que les grands navires, aussi bien équipés soient-ils, ne peuvent pas satisfaire.
